
'Rien
n'est si désagréable que d'être pendu obscurément' Voltaire
Le placard ou…
…la dictature de la confusion, des idées reçues et de la médiocrité des lâches
Par Médéric L. Pascal
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Alain Duhamel |
Après Béatrice Schönberg et son professionnalisme de la bonne humeur, Marie Drucker et sa jeunesse trop prometteuse au goût de certains, c’est donc au tour de Alain Duhamel et de son sens critique impeccable, et si utile à l’heure d’une campagne présidentielle, de faire les frais de la ‘correct attitude’ qui se prétend conception de la réserve journalistique, mais qui n’en est au mieux qu’une forme incertaine et au pire une caricature désastreuse.
Que leur reproche-t-on exactement ? D’avoir commis une faute dans l’exercice de leur métier ? D’avoir par leur manière de faire leur travail influencé le cours des évènements et d’avoir ainsi abusé de leur position proéminente ?
Non ! On leur reproche simplement – ou en tout cas on avance ce prétexte pour dissimuler, peut-être, d’autres motifs moins avouables comme l’envie, la jalousie, l’esprit de revanche, la lâcheté ou la peur – l’éventualité d’une possible dérive, futur et hypothétique, qui risque potentiellement de causer peut-être, éventuellement, si, un jour, sait-on jamais, enfin, c’est toujours possible, il y a un risque, du tord au canal qui les emploie.
Quelle lâcheté !
A-t-on jamais vu spectacle plus pitoyable dans le monde de la presse ou de l’information que celui que nous offrent ces derniers temps ces directeurs – ces désertificateurs ? – de services de presse, ramollis et trouillards qui « se couchent » face à l’hypothétique réaction à venir de la sacro-sainte opinion publique, cette chose molle et flasque dont personne ne sait très bien au juste de quoi il s'agit. Elle a bien bon dos, l'opinion publique dans ces cas là... Parce qu’ils auraient défendu, comme c’est pourtant leur métier, envers et contre tout le talent, le professionnalisme et au final la qualité de l’information qui en résulte, l'opinion publique les aurait désapprouvés ? Et quand bien même ? Serait-ce une raison ?
Le fumeux principe de précaution appliqué ainsi à l’information par ce quarteron de poltrons-généraux n’est-il pas une nouvelle illustration remarquable de l’esprit inégalé de ce génie de la stratégie à la française, de la lignée des grands Maginot de France, à toute épreuve hormis celle, peut-être, de l’intelligence et de la logique ? Il est parfois vraiment difficile de faire la part de la lâcheté et celle de l’incompétence !
Mais n’est-ce pas pourtant précisément le travail d’un patron de presse que de défendre ses journalistes, ses chroniqueurs et ses analystes les meilleurs contre les intimidations, internes ou externes, et que de récompenser le talent, l’honnêteté et le talent et non la couardise, l’hypocrisie ou la médiocrité qui englobe habituellement les deux?
Alain Duhamel a-t-il commis une faute lors d’une interview ? S’est-il montré irrespectueux, soumis, partisan, agressif, inéquitable, dilettante, injurieux, ou partial face à l’un de ses invités sur l’une ou l’autre des antennes qui employaient son talent ? Non, à aucun moment. Mais alors quel est donc ce crime abominable qu’il a commis et qu’il paie aujourd’hui du prix de cette mise en plate quarantaine ?
Il a osé – how chocking ! – répondre sincèrement à des étudiants en sciences politiques qui l’interrogeaient sur son appréciation des orientations européennes des différentes personnalités politiques de la ‘scène’ française.
Quelle audace ! Quelle honte ! Quel scandale ! Un journaliste qui ose dire ce qu’il pense ! La sanction est insuffisante ! Il faut le pendre haut et court ! Il faut le décapiter ! Sa tête sur un plateau ! Vite ! A l’échafaud ! Vous n’imaginez pas, quand même, si les journalistes osaient sortir de cette convention stupide et factice du déni de soi et commençaient, tout de go, à faire leur métier avec inspiration et audace ? Si d’un seul coup d’un seul, les lecteurs, auditeurs, spectateurs étaient à présent en droit d’attendre de connaître le point de vue duquel l’information qui leur est présentée a été conçue ? Vous imaginez un peu ce chantier si d’aventure nous étions informés par des professionnels ayant intelligence, sens de la mise en perspective et, à Dieu ne plaise, l’honnêteté intellectuelle de nous faire part du point de vue duquel ils écrivent ! Ce serait non moins que la fin de la civilisation ! Non, non, non, on ne saurait accepter cela !
La sanction, légitime, fut donc ferme et immédiate : Le placard !
Oui, vraiment, les oies sont ficelées dans notre société ! Mais pas par le pouvoir, comme certains mauvais esprits, essaient de nous le faire accroire, non, ces bêtes à plumes boiteuses (les bêtes, pas les plumes !) que sont devenus nos machins de presse, se sont entravés d’idées fausses de leur propre métier, idées qu’ils se sont eux-mêmes imposées. La plus fausse de ces idées fausses, est que par leur profession même, ils seraient tenus de ne plus avoir aucune idée sur rien. Si d’aucun devait appliquer strictement cette règle déontologique, alors l’évolution de faire un grand bon en arrière et les canards de se changer en bécasses à parler creux et à laisser entendre que oui, décidément, tout ce vaut.
Mais un journaliste doit avoir des idées. Il doit avoir un sens critique. Et le lecteur ne pâtit pas de se voir offrir la possibilité de faire la part entre les convictions personnelles de l’auteur et son travail d’investigation et de restitution fidèle, bien au contraire ! Quel meilleur moyen d’y parvenir que celle dont a fait preuve Alain Duhamel : l’honnêteté et la sincérité ? On ne saurait lui interdire d’avoir des idées, tout de même ! Et va-t-on encore prétendre que l’intérêt de l’auditeur est que le journaliste soit bâillonné en marge de son travail de seul ‘rapporteur’ de platitudes ?
Alain Duhamel a-t-il commis une faute dans cette histoire ?
Ceux qui le prétendent affirment ni plus ni moins que sa propre conviction, présentée comme telle à un parterre d’étudiants en science politique, constitue en soi pour un journaliste une faute professionnelle.
Eh bien permettez-moi alors de tirer deux conclusions qui s’imposent de cette crétinerie uniformatrice ou désinformatteuse : si les journalistes n’ont plus le droit d’avoir des idées ou de les exprimer, alors s’en est fini des éditoriaux, c’en est même fini de la ligne éditoriale d’une rédaction et s’en est par conséquent fini du débat d’idée. Ne venez donc pas pleurer demain parce que la politique est devenue affaire de com’ quand aujourd’hui vous laissez passer cela et interdisez au journaliste d'exprimer un point de vue ! Pour être journaliste politique aujourd’hui il faut, semble-t-il, d’abord et avant tout NE PAS AVOIR D’IDEE ! Et à défaut être très hypocrite ! Voilà le message de cette mise à l’écart ! C’est magnifique n’est-ce pas :
Soyez : hypocrites, médiocres, stupides, lâches, crétins, asservis ou, idéalement, une synthèse de toutes ces merveilleuses qualités !
Ô France, magnifique pays de l’esprit des lumières, berceau de Voltaire et de Beaumarchais, vas-tu te laisser piétiner ainsi par la normalitude avariée de ces esprits estropiés, médiocrement conventionnalisationnés et dont le faible éclat ne peut se percevoir qu’à la condition que celui de tout astre plus brillant soit d’une manière ou d’une autre occulté ?
Non, Mr Duhamel n’a pas mérité son sort car il n’a pas démérité ! Cette histoire est un magnifique révélateur de la nullitude et du couardisationnement dont certains, en la matière fort bien pourvus, voudraient faire la norme en notre société, devenue ainsi société des idées reçues ! Eh bien ce sont eux, ceux qui mériteraient d’être démis, ce ne sont pas les honnêtes hommes comme Alain Duhamel ; tous ceux qui expliquent, sourire hypocrite aux lèvres, à ces hommes d'exception tombés sous le coup de la médiocrité générale et régnante, que : « Tu comprends Alain, avec la Présidentielle, vraiment, on a pas le choix… » ou encore ces autres Tartuffes qui leur témoignent alors hypocritement de leur sympathie tout en s’asseyant sans complexes ni scrupules dans leur fauteuil encore tiède. On a toujours le choix, et quand on choisit de congédier Alain Duhamel de la sorte ou de prendre sa place dans un tel contexte on s’avilit et on fait de soi une caricature pathétique de la décrépitude morale de notre société, décidément bien corrompue.
Non ! Non seulement Mr Duhamel ne doit être mis à l’écart d’aucune antenne mais il doit être salué pour avoir fait preuve de franchise et de courage face à une question que beaucoup de confrères moins honnêtes auraient cherché à éluder d’une pirouette.
Rendez-nous Alain Duhamel ! Rendez-nous son regard sincère et lucide sur la politique française! Rendez-nous celui qui a eu le courage de dire ce qu'il pensait! La dictature des idées reçues et de la peur du jugement d'autrui n’a pas droit de cité en France !

Honni soit qui mal y pense!
© Hidepark21 Publications, février 2007