'Rien n'est si désagréable que d'être pendu obscurément' Voltaire

 

La France et l'éducation nationale

Carte scolaire et ségrégation

par Médéric L. Pascal

 

 

 

~ ~ ~

Une perspective sur l'école en France

Le rôle des professeurs dans la conduite du changement à l'école

Le risque de ségrégation et d'hystérie collective

~ ~ ~

 

 

 

 

§

Pas de réforme mais du changement…

 

L’éducation nationale est un patrimoine précieux, peut-être l’un des plus précieux de notre pays. Avant de se lancer dans une quelconque ‘réforme’, mot si souvent synonyme dans notre pays de grand projet avorté ou de sacrifices sans contre-partie, il convient de rendre hommage à cette institution à qui nous devons tous, ou presque, une part de notre identité individuelle, de notre identité nationale et à qui nous devrons, demain, sans doute, une part de notre identité européenne.

Il nous faut témoigner de notre considération, de notre gratitude et de notre attachement à celles et ceux qui lui apportent chaque jour leur dévouement, leur savoir et leur savoir-faire pédagogique et qui nous ont tous aidés à devenir un peu mieux cette entité mystérieuse : nous-même. J’ai en tête ici, vous l’aurez compris, les instituteurs et les professeurs.

Cette marque d’attachement ne doit certainement pas signifier en revanche que la meilleure politique en matière d’éducation consiste à ne rien faire et qui nous fera croire, d’ailleurs, que ceux-là même qui travaillent chaque jour à faire progresser les individus et le savoir dans notre pays ne sauraient accepter aucun changement dans leur quotidien ? Qui nous fera croire que le corps enseignant est un corps sclérosé, frileux, et conservateur alors même que le changement fait partie de la démarche de progrès qui est au cœur du projet d’éducation nationale auquel il participe au premier chef ? Alors même que le changement c’est au fond sa raison d’être ? Qui nous fera croire que leur seule et unique préoccupation est le maintien en l’état des choses et la préservation de leurs avantages statutaires ? Qui voudra faire passer les professeurs pour ce qu’ils ne sont rien moins qu’absolument pas : un corps rétrograde de conservateurs réactionnaires ? Certainement pas les professeurs eux-mêmes ! Et ceux qui tiennent ce discours à leur place ne peuvent pas prétendre parler en leur nom. Les enseignants se doivent à eux-mêmes de prendre la parole et de ne laisser personne les instrumentaliser. L’éducation n’est ni de gauche, ni de droite. L’éducation est le bien de tous. Chacun a le droit de s’exprimer sur un sujet aussi important mais personne n’a le droit de s’accaparer la ‘‘vérité’’ du corps enseignant.

Peut-on se satisfaire de l’immobilisme et du laisser-faire en matière d’éducation ? Non, certainement pas.

Mais si l’on souhaite réussir là où tant ont jusqu’à ce jour échoué, il faut que le changement se fasse –avec– le corps enseignant et non pas contre. Allons plus loin, même, et disons les choses telles qu’elles sont : le changement se fera par les professeurs. Car ce sont eux qui au quotidien sont les acteurs de l’éducation dans notre pays et il est aussi illusoire de s’imaginer changer le fonctionnement de l’éducation nationale sans les professeurs qu’il est insensé d’imaginer modifier la gestion de notre système de santé sans associer les professionnels de ce secteur à cette gestion. Ce n’est qu’une question de bon sens, chose censée être la mieux partagée au monde selon notre illustre René national… Soyons raisonnables, donc, et commençons par réfléchir aux moyens de mobiliser le corps enseignant autour des changements nécessaires au bon fonctionnement de cette institution et qui plus est souhaitables pour une vie plus agréable et plus valorisante dans l’enceinte de l’école.

Les professeurs détiennent les clefs de l’éducation. Ayons donc confiance en leur dévouement à l’intérêt de leurs élèves qui primera au final sans aucun doute sur leurs éventuels inclinations partisanes !

L’école est notre bien à tous, faisons en sorte qu’elle redevienne pleinement l’objet d’une fierté nationale !

 

§§

De la carte scolaire et de la ségrégation…

 

En ce qui concerne à présent la question de la carte scolaire, il faut également faire preuve de bon sens. La liberté absolue de choix – autrement dit sans encadrement aucun – ne peut que déboucher sur des comportements hystériques, des engorgements des lycées les plus recherchés et des aberrations flagrantes : trois heures de transport en commun chaque jour pour être dans le lycée.

L’exemple de la capitale suédoise est édifiant à cet égard. Une mesure similaire y a été adoptée à la fin des années quatre-vingt-dix et y est actuellement, sauf erreur de ma part, toujours en vigueur. Chaque année au printemps – période des grandes mutations… – les élèves désignent le lycée auquel ils souhaitent être inscrits l’année suivante et alors commence la grande foire de la distribution des places. Car à Stockholm comme ici, à Paris, les contraintes de la réalité demeurent inaliénables et un établissement donné, aussi bonne fût sa réputation, ne peut accueillir qu’un nombre d’élèves défini. Dès lors que le nombre d’aspirants dépasse le nombre d’admis, il y a sélection. Même en la capitale de Suède…

Si nous décidons de supprimer le système : ‘‘carte scolaire – dérogations’’ cela ne peut se concevoir qu’au profit d’un nouveau système de distribution des places. Il ne faut pas mentir à nos concitoyens : le Lycée Louis-le-Grand ne pourra pas accueillir tous les élèves de France et de Navarre !

Que le dogmatisme aveugle du ‘‘tout le monde pareille’’ ait vécu, j’en suis pour ma part persuadé. Que le système actuel soit profondément injuste et bénéficie en priorité aux enfants des beaux quartiers, c’est une évidence. Qu’on puisse redessiner les plans de l’école en faveur du retour à la valorisation de l’excellence et de l’intelligence et qu’on cesse de récompenser le seul effort, fût-il stérile, ne parait pas forcément déraisonnable.

Mais il est un impératif en ce cas et pour que ce changement soit une réussite que les règles du jeu soient claires, connues de tous et qu’elles s’appliquent à tous avec la même impartialité. S’il est souhaitable qu’on puisse s'élever, il est nécessaire que, le cas échéant, on risque de descendre…

Par ailleurs plutôt que de concentrer les meilleurs spécimens dans des ‘‘conservatoires nationaux’’ et de parquer les plus mauvais dans des ‘‘parcs zoologiques’’, serait-il peut-être plus judicieux de créer, de recréer, des filières d’excellence dans tous les établissements. S’agit-il vraiment en effet d’une amélioration du système que d’imposer à un enfant ou à un adolescent doué de longues heures de transport ou un déracinement familiale afin de lui assurer une formation digne de ses capacités ? N’est-il pas préférable qu’il trouve près de chez lui les chemins de l’excellence ? La ségrégation ne me parait pas la meilleure solution. De même est-il motivant pour un professeur d'aller chaque matin travailler dans un établissement poubelle, où il n'existe aucune autre voie de salut que le départ vers un autre établissement ? Qui acceptera de travailler dans de tels établissements ? Qui y inscrira ses enfants ? Le réalisme et le bon sens oui, la ségrégation et le cloisonnement non merci !

Bien sûr la pacification de l’ensemble des établissements et maintien de l’ordre et de la sécurité dans chacun d’entre eux est une condition préalable à ce décloisonnement. Mais qui pourra décemment prétendre qu’on puisse enseigner quoi que ce soit et à quelque niveau que ce soit sans ce préalable d’ordre et de sécurité ?

 

En conclusion, le systématisme dogmatique de la carte scolaire et l’entreprise d’éradication systématique dans notre système éducatif des valeurs d’excellence et d’intelligence qui l'a accompagné doivent être corrigés. Pour autant, soyons vigilants à ce qu’un nouveau mal ne succède pas à l’ancien. Le mal n’est pas le remède au mal. Ce qu’il faut trouver c’est le vrai remède. Réfléchissons bien, et agissons sans précipitation! Mais agissons!

 

 

 

Publié vendredi 15 septembre 2006

 

Le présent document est libre de droit de copie et peut par conséquent être reproduit sans autorisation préalable. Cette liberté de droit de reproduction est cependant assortie de la condition du respect de l'intégrité du texte, dans la mesure des possibilités techniques du respect de la forme qu'il a été choisi de lui donner, ainsi que de l'obligation de faire mention de la première publication du présent document chez Hidepark21 Publications.

 

 

 

Blimey, I wish I had watched Miami Vices in the movie theatre of an American campus

where I studied while singing with Pearl Jam and acting with Al Pacino or Brad Pitt in a Hollywood blockbuster!

 

Retour au sommaire France

 

Return to publications