'Rien n'est si désagréable que d'être pendu obscurément' Voltaire

 

Le programme nucléaire iranien dans toute sa complexité...

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, Ministre d'Etat et Candidat à l'élection présidentielle

par Médéric L. Pascal

 

Nicolas Sarkozy
Ministre de l'Intérieur

Mahmoud Ahmadinéjad
Président de la Rép. Islamique d'Iran

Ségolène Royal
Président de Région, Député

Une diplomatie très attendue...

Quelles sont donc vos intentions ?

Une diplomatie simple, trop simple ?

 

Monsieur le Ministre,

 

Permettez-moi en introduction de ce petit papier sans perfidie aucune de vous citer: "Je veux tout dire pour pouvoir ensuite tout faire." Cette maxime de transparence politique est toute à votre honneur et aussi suis-je certain que vous ne m'en voudrez pas de vous inviter à l'appliquer à un dossier essentiel des relations internationales de la période actuelle: le dossier du programme nucléaire iranien.

Lors d'une intervention publique en Israël et à nouveau vendredi 1 dernier sur l'antenne de France 2, le candidat socialiste nous a fait part de sa conception de la diplomatie en générale et appliquée à ce dossier en particulier:

"Je veux une diplomatie efficace, simple pour la France. [...] Aujourd'hui, compte tenu des déclarations de ce pays, l'Iran ne peut pas accéder à l'enrichissement de l'uranium."

Apparemment le candidat socialiste ne veut pas tenir compte des déclarations du Présient Ahmadinejad du 11 avril dernier où celui-ci affirmait que l'Iran avait déjà atteint le seuil de l'enrichissement à usage civil grâce à l'utilisation de 165 centrifugeuses utilisées en série. Faut-il croire les déclarations du Président perse? L'information a toujours été confirmée par le précédent président iranien, le Président Rafsanjani qui jouissait en son temps d'un crédit plus certain que son successeur auprès des autorités occidentales. Alors si on résume les récentes prises de positions du candidat socialiste en matière de diplomatie et de relations internationales, cela donne plus ou moins la trilogie suivante:

Le déni d'évidence est sa réponse sur le nucléaire iranien: il n'y a pas de nucléaire iraniens et il n'y en aura jamais, civil ou militaire.

L'aveuglement obstiné, sa réponse 2 sur le conflit israelo-palestinien: il n'y a pas de conflit en Palestine étant donné que les peuples Israélien et Palestinien veulent vivre en paix.

La casuistique spécieuse, enfin, semble sa spécialité de prédilection face aux cas de conscience que ses propres démarches aléatoires occasionnent: le Hezbollah ne tient 3 pas de propos haineux à l'égard de l'occident puisque les traductions que cette organisation lui remet n'en contiennent pas.

C'est un monde merveilleux en vérité que celui dans lequel Miss Royal tient ses discours de politique internationale. Comme il est dommage que ce monde n'existe nulle part ailleurs que dans ses rêves plein de féérie. Comme il est triste qu'il ne suffise pas de dire: "L'Iran ne peut pas accéder à l'enrichissement de l'uranium" pour qu'il en soit ainsi. Comme notre vie serait plus simple, plus belle si les formules incantatoires de la Princesse des Roses avaient la moindre efficacité!

Hélas, en matière de diplomatie et de relations internationales comme en bien d'autres domaines, on ne peut pas décréter que les choses sont comme on aurait souhaité qu'elles fussent et le dossier du programme nucléaire iranien, j'en ai bien peur, d'être tout aussi réel qu'il échappe à la simplicité de ce joli conte de fée.

Peut-être un brin d'histoire aiderait-il, au point où nous en sommes, à mettre ce dossier en perspective. Voyons...

Le programme nucléaire iranien remonte aux années 50. Les Etats Unis, l'Allemagne et la France ont contribué à son lancement et y ont coopéré activement pendant les décennies 60 et 70. L'Allemagne n'y a-t-elle pas construit près de la ville de Bushehr deux centrales qui en 79 étaient déjà à 80% opérationnelle pour l'une et à 50% pour l'autre? La France et l'Iran n'ont-elle pas fondé une société d'investissement commune - la sofidif - qui a été actionnaire (l'est-elle encore aujourd'hui?) d'Eurodif, le producteur européen de matière fissile?

Certes, la révolution islamique de 79 a pris tout le monde de court en occident. Mais le programme iranien, lui, ne s'est pas envolé. Il fut ralenti, mais demeura bel et bien engagé.

La crise actuelle du nucléaire iranien remonte en fait à 2003, octobre 2003, quand un rapport de l'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA) fait état d'activités de recherche non déclarées auprès de l'agence. Après une période de détente où l'Iran semble accepter de négocier son programme et notamment le volet enrichissement, le gouvernement iranien décide en juillet 2004 de briser les sceaux apposés par l'AIEA sur ses centrifugeuses et répond aux injonctions qu'il reçoit en septembre 2004 de la Communauté internationale que l'Iran continuera son programme d'enrichissement vaille que vaille. Suivent ensuite de périlleuses négociations entre le trio d'émissaires Européens (appelé EU-3) et le régime de Téhéran, où chacune des parties prétend avoir obtenu des concessions significative de la part de l'autre camp. Toutes ces apparences d'avancée sont cependant balayées quand en septembre 2005 Mahmoud Ahmadinejad est élu président et nomme son gouvernement. Le 4 février 2006, ce dernier met un terme à toute coopération avec l'AIEA en dehors du programme d'inspection des activités déclarées de longue date et ne faisant pas l'objet de polémique. Enfin, comme indiqué quelques paragraphes plus haut, le 11 avril 2006, le Président de la République Islamique d'Iran déclare que son pays maîtrise l'enrichissement de l'uranium à usage civil et ajoute que son pays n'a pas d'ambition militaire en la matière. Bien sûr, nulle n'est obligé de croire ses déclarations et il convient naturellement de les rapprocher des attaques verbales répétées à l'endroit de l'Etat Israël dont il prophétise volontiers la destruction prochaine.

A Bushehr, il semble que les ingénieurs russes continuent leur travail, pour achever la plus avancée des centrales de conception allemande d'ici l'année prochaine. Il y a peu, encore, le gouvernement Chinois continuait de fournir aux iraniens le combustible dont leurs recherches avaient par ailleurs besoin. La première centrale électrique iranienne – application certes civile mais bien nucléaire, n'est-ce pas? – doit normalement être opérationnelle l'année prochaine, en 2007. Pour ce qui en est d'un programme de recherche sur des applications militaires, les investigations officielles de l'AIEA, avant d'être suspendues, n'avaient apporté aucun élément décisif, comme tel est trop souvent le cas pour ce genre d'investigation et même si le programme extensif de centrifugation était et demeure très suspect, personne n'a fait la démonstration irréfutable de l'existence du programme de recherche d'applications militaires. Si ce programme de recherche existe, il n'est donc pour l'heure ni officiel ni avéré. Notons néanmoins que c'est bien sûr la vocation des projets secrets, que de demeurer... Secrets.

Aussi n'apparaît-il pas déjà clairement, après ce bref examen, que le nucléaire iranien est effectivement un dossier diplomatiquement très compliqué? N'est-il pas trop sensible et potentiellement trop dangereux pour qu'on puisse laisser entendre qu'on peut s'improviser, en trois ou quatre jours de tourisme diplomatique au proche orient, expert en la matière ou pour autoriser qu'on tienne un discours approximatif et caricatural, fût-ce sur ses enjeux ou sur ses rouages? Se faire prendre en photo dans le bureau du premier ministre israélien est une chose, défendre une position au nom de la France en est une autre.

La politique du discours incantatoire n'est pas non plus une politique. Les iraniens n'arrêteront pas leur programme parce que Mlle Royal le leur demande gentiment.

Que compte donc faire le candidat socialiste? Déclarer la guerre à l'Iran, parce qu'elle possède une centrale électrique nucléaire en état de marche? Et dire qu'elle est de ceux qui critiquent, après coup, les motifs présentés par le président américain pour déclencher son action en Iraq. Ce n'est pas très cohérent tout cela; car enfin elle préconise en l'espèce une ligne diplomatique fort similaire en vérité: on dénonce tout et n'importe quoi, et de préférence n'importe quoi.

D'ailleurs, n'en avons nous pas nous-même quelques unes, de ces centrales frappées de ce royal interdit? Si nous retenons son motif d'action, alors la France devrait, en vertu de la cette sagesse à la sauce hollandaise, déclarer la guerre à... La France. Comme c'est ridicule!

Peut-on prétendre à la Présidence de la République et affirmer de telles inepties au sujet de matières aussi... réactives. C'est pour le moins déconcertant.

Un tel discours ne discrédite-t-il pas totalement la France et l'occident auprès de la population iranienne et ne renforce-t-il pas du même coup l'empire du discours anti-occidental du Président Ahmadinejad sur cette dernière, déjà très hostile après le conflit iraquien ? Un discours aussi réducteur et simpliste n'est-il donc pas tout simplement contre-productif ?

Etre ferme face au régime de Téhéran, évidemment, mais pas de n'importe quelle manière!

Peut-on dire n'importe quoi sur le nucléaire iranien seulement afin de faire parler de soi dans la presse et les journaux télévisés? Se grandit-on ainsi? Est-ce là l'attitude d'un futur chef d'Etat?

Ce qui n'est pas acceptable dans le cas de l'Iran et de ses émanations, ce qui ne doit pas être accepté, n'est-ce pas plutôt la tenue d'un discours de haine à l'égard de l'occident ou un discours qui prône encore et toujours la destruction de l'Etat d'Israël. Voilà les raisons qui font que dès aujourd'hui la communauté internationale est alertée et mobilisée, à l'initiative des occidentaux, sur les dérives inquiétante du régime de Téhéran et de son Président! Car, faut-il le rappeler, la Communauté internationale – sous l'impulsion des Américains et des Européens – n'a pas attendu les déclarations approximatives et réductrices du candidat socialiste pour prendre en main ce dossier complexe et difficile.

Les applications civiles de la technologie nucléaire ne sauraient jamais servir de base solide à une action diplomatique ou militaire contre l'Iran. N'est-ce pas, dans le genre, encore moins compréhensible que les hypothétiques armes de destruction massive invoquées par le Président des Etats Unis en son temps dans le dossier iraquien? Qui a le droit d'interdire à un pays tiers l'accès à des applications civiles de l'énergie nucléaire? Au nom de quoi? Quelle légitimité a-t-on quand on adopte une telle posture en France, ou 80% de l'électricité est fournie par des centrales nucléaires? Quelle crédibilité accorder à celui ou celle qui l'adopte, et qui prétend demain s'en revêtir au nom de la France ?

Il ne faut pas tout mélanger et se discréditer de la sorte. La France ne saurait être ainsi caricaturée. Le simplisme n'est pas un humanisme. Ce n'est pas digne d'un candidat à la présidentielle, ce n'est pas digne d'un élu du Parlement, ce n'est pas digne de la France et des français.

La France n'a pas besoin d'une conception simpliste de la diplomatie. Elle a besoin d'une vision claire et nuancée.

L'Iran est engagée par le Traité de Non-Prolifération et à ce titre a des obligations internationales.

Nous devons bien entendu être très vigilents et très fermes sur les applications militaires mais sans nous discriditer par des positions indéfendables à tout point de vue. Le fanatisme et l'anti-occidentalisme se nourrissent de propos aussi caricaturaux. Ce sont là nos vrais ennemis aussi gagnerions-nous à éviter de les faire prospérer.

Enfin nous devons nous préparer à toute éventualité - à toute éventualité - y compris celle d'un conflit armé d'envergure mondiale; rien ne dit qu'il pourra être évité et il en va de la responsbilité politique de notre gouvernement et de la sécurité de notre pays que de se préparer à une telle éventualité en une période aussi troublée que la nôtre.

Mais il est une chose qu'on n'a en revanche pas le droit de faire: c'est de raconter n'importe quoi, de jouer avec des questions aussi sensibles et de mettre ainsi notre pays en porte-à-faux et la stabilité des relations internationales en danger, seulement pour faire parler de soi. Ceci est proprement inadmissible!

Aussi, Monsieur le Ministre, je vous exprime l'attente qui est mienne mais qui n'est peut-être pas seulment la mienne, de vous entendre présenter au moment que vous jugerez opportun la vision de la diplomatie française qui est la vôtre; une vision qui, espérons le, tranchera avec cette posture ridicule – cette imposture grossière ! – du candidat socialiste, lequel prétend nouer des relations personnelles fortes en trois jours de temps. Une imposture qui n'attend plus, seulement, que vous la démasquiez pour ce qu'elle est: un dérapage notable, un faux pas extrêmement sérieux voire la signature de ce candidat.

Ses déclarations ne peuvent rester sans réponses de votre part, me semble-t-il. Mais peut-être le moment n'est-il pas encore venu. Il est vrai que c'est encore un peu tôt pour aborder des sujets aussi graves et que par ailleurs les fêtes approchent.

Dans l'attente sereine d'une réponse appropriée de votre part, il ne me reste plus pour l'heure, et comme le veut la coutume républicaine, qu'à vous présenter mes respects.

Médéric L. Pascal

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1. Ségolène Royal était vendredi 8 décembre l'invité de Béatrice Schönberg pour le journal de 20 heures de France 2. Retrouvez l'interview sur le site: http://www.segoleneroyal2007.net/

2. Ségolène Royal déclare lors d'une conférence de presse à l'assemblée nationale le 11 octobre 2006: "Je suis au demeurant convaincue que les peuples israéliens et palestiniens veulent la paix."

3. Ségolène Royal refuse de s'exprimer devant les journalistes lors de sa tournée proche orientale, déclarant qu'elle "n'improvise pas de conférence de presse" au sujet des relations internationales. Aux critiques dont elle fait l'objet pour ne pas avoir répondu à des propos à caractère injurieux à l'égard de l'occident tenus en sa présence par un parlementaire libanais affilié au Hezbollah, son entourage parisien répond qu'elle n'en avait pas alors connaissance, n'ayant pas pris le soin de s'assurer personnellement de la qualité de la traduction de ces propos et ayant fait confiance à cet égard à la fiabilité des services de traduction du Hezbollah.

 

HP21 – Le Quartier Rivoli

 

 

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© Hidepark21 Publications, décembre 2006