
'Rien
n'est si désagréable que d'être pendu obscurément' Voltaire
Libéralisme, Capitalisme d'Etat, Economie verte, Recherche et Innovation
Le cas des biotechnologies appliquées à l’amélioration de l’énergie de biomasse…
…considérations sur la politique américaine à l’adresse de Mr le Premier Ministre, F. Fillon
par Médéric L. Pascal
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Monsieur le Premier Ministre,
Permettez-moi de vous signaler un article paru ce jour dans l’édition en ligne du New York Times où il est fait état de la création de trois centres de recherche sur les biocarburants par le gouvernement américain.
http://www.nytimes.com/2007/06/26/business/26bio.html?_r=1&dlbk&oref=slogin
Au total, d’après l’article, ce seront quelques 375 millions de dollars qui seront investis dans ces centres, soit une assez jolie mise de fond pour ce que le Département de l’Energie du gouvernement US appelle des « start up labs ».
L’article n’est pas très précis sur l’origine des fonds alloués à ce programme – le communiqué de l’agence gouvernementale est lui bien plus explicite : il s’agit de fonds publics, comme la presse américaine sait être pudique, parfois, sur le plan idéologique ! – mais ce qui est certain c’est que l’annonce de la création a été faite par le Département de l’Energie. Nous avons ici une parfaite illustration du fait que le libéralisme, même à la mode américaine, ne signifie absolument pas le renoncement à un capitalisme d’Etat.
L’Etat, même aux USA, a sa place dans l’économie et il doit jouer tout son rôle d’acteur et non se cantonner à celui d’arbitre ou de régulateur. L’initiative, le rôle de donneur d’impulsion est parfaitement légitime et lui revient de plein droit. Il est toujours nécessaire de faire preuve de volontarisme pour atteindre de grands résultats, et concernant des enjeux nationaux comme celui de l’énergie, l’Etat est parfaitement à sa place.
On notera aussi, sur le plan de la méthode adoptée par nos amis mais néanmoins concurrents américains, l’organisation en pôles de compétitivité, avec son maillage typique des sphères corporate et universitaire, la mise en concurrence (3 sites) et aussi la politique d’aménagement du territoire (le choix des implantations est édifiant : Oak Ridge, Tennessee -le Sud-; Madison, Wisconsin -le Middle West- et Berkeley, Californie - le Far West… )
Quant à l’orientation de l’effort de recherche, n’est-il pas remarquable qu’il porte ici sur un axe 100% biologique : la recherche de micro-organismes naturels capables de découper la lignine et la cellulose en chaînes de carbone exploitables comme carburant (éthanol, esters ou assimilés). La recherche biologique est l’avenir de notre technologie. Bien que l’article insiste sur le côté « naturel » de la recherche (« des microbes naturels ») – sans doute pour ne pas affoler les foules – il ne faut pas être naïfs : demain (et peut-être déjà aujourd’hui) ce seront des bactéries génétiquement modifiées qui assureront ces fonctions de transformation. Mieux encore, les plantes* elles-mêmes seront reprogrammées afin de produire des chaînes carbonées directement exploitables et les mécanismes de la photosynthèse (ou des dérivations de ceux-ci) seront mis à contribution directement pour servir nos intérêts énergétiques.
Génie génétique et recherche fondamentale sur la photosynthèse, voilà deux axes prioritaires pour notre effort de recherche national. Comprendre et maîtriser le cycle biochimique complet de transformation de l’énergie solaire en énergie organique, voilà un enjeu majeur, voilà une orientation politique, scientifique et économique capable de réveiller un peu l’élan créatif français, et capable de donner une dimension concrète à ce nouveau rêve français dont N. Sarkozy nous parlait en tant que candidat à l’élection présidentielle.
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Christian Blanc a parfaitement raison de souligner à quel point nous avons pris du retard dans le domaine de l’innovation**. Notre modèle d’excellence, celui des grandes écoles, s’il a des vertus à ne pas négliger n’encourage pas suffisamment la créativité ni l’audace. Encore moins, la recherche.
Le modèle des pôles de compétitivité, des clusters, l’organisation et la structuration autour de projets, la culture du résultat, le triptyque recherche/ingénierie/business, la protection systématique des innovations par des brevets internationaux et leur attribution aux inventeurs et non aux laboratoires, le financement mixtes des laboratoires, l’encouragement au lancement de start up d’ingénierie… Tous ces éléments sont autant de composantes à inscrire dans le projet d’autonomie des Universités.
Ce sera une vraie petite révolution. Et un projet lourd à porter pour celui ou celle qui en aura la charge. Peut-on se permettre d’échouer ? Non. Peut-on reculer ou perdre du temps ? Non. Le Département américain de l’Energie ne nous attendra pas…
Alors, sans vouloir préjuger des capacités ou des talents des uns et des autres et en se fondant exclusivement sur les débuts de ce dossier crucial, je poserai ici, en conclusion, la question qui fâche mais qui ne peut être éludée : Valérie Pécresse a-t-elle les épaules ?
Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre la main sur ce sujet. Les résistances sont nombreuses et l’activisme de gauche – d'extrême gauche – est récurrent sur les questions universitaires. Il faut quelqu’un, à la tête de ce ministère et de cette mini-révolution non seulement à l’enthousiasme communicatif sur le thème du progrès technologique mais qui sache aussi conduire une négociation qui sera difficile avec des syndicats du secteur public qu’il n’est pas facile de manœuvrer.
Un homme a su le faire, en son temps, quand Air France et Air Inter était deux compagnies nationales à l’esprit très, très publico-corporatiste. Il n’a certes pas les avantages ni les charmes de la féminité mais il a les sérieux atouts d’une solide expérience et d’un intérêt manifeste pour la question de l’innovation. Peut-être, une fois passée l’extase de la nouveauté paritaire (il faudra faire preuve de bravitude face aux sarcasmes…) ceux-ci seront plus utiles que ceux-là… Ne nous privons pas des talents dont nous avons besoin pour des raisons néo-folkloriques !
Ne doutant pas que vous saurez prendre à temps et de manière ad hoc les mesures qui s’imposent et que vous privilégierez toujours l’efficacité à tout autre considération, je vous prie, Monsieur le Premier Ministre, d’agréer l’expression de ma plus sincère sympathie et vous présente, comme le veut l’usage républicain, mes respects.
Médéric L. Pascal
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* D’ailleurs la phrase suivante de l’article est tout à fait remarquable: « The centers will also work on creating new crops that produce lignin that is easier to deal with, he said. » Le « he », ici, est le Dr. Raymond L. Orbach, Sous-Secrétaire d’Etat aux questions scientifiques pour le Département américain de l’Energie. Aussi remarquable de non-dits euphémistiques qu’elle est porteuse de sens, cette phrase du SSE, pour qui veut bien se donner la peine de lire entre les lignes, n’est-elle pas ? « New crops », New ? That is not to say : genetically modified, perhaps, is it not ?
** Deux exemples de ses réflexions à ce sujet :
http://www.energies2007.com/index.php?2007/04/03/66-comment-faire-entrer-la-france-dans-l-re-de-l-innovation
http://www.energies2007.com/index.php?2007/02/15/50-quelle-politique-pour-plus-de-croissance
Quelques documents complémentaires
Le communiqué du 26 juin 2007 du Département Américain pour l’énergie, sur le site du Département
http://www.energy.gov/news/5172.htm
Informations complémentaires sur ce programme, ibidem
http://www.science.doe.gov/News_Information/News_Room/2007/Bioenergy_Research_Centers/index.htm
Le livre blanc d’août 2006 sur la création de ces trois sites de recherches, ibidem
http://genomicsgtl.energy.gov/centers/smGTLBRCWhitepaper.pdf
Le rapport de décembre 2005 sur la transformation en éthanol des substances cellulosiques
http://genomicsgtl.energy.gov/biofuels/2005workshop/b2blowres63006.pdf
Le portail et la page de présentation de l’organisation gouvernementale qui structure ce pan de la recherche américaine
http://genomics.energy.gov/
http://genomicsgtl.energy.gov/program/index.shtml
NB : Aurions-nous pris un peu de retard dans le développement d’un programme de recherche intégré sur les biotechnologies et leurs possibles applications énergétiques ?

Liberal? Who said that? No way!
© Hidepark21 Publications, juin 2007