
'Rien
n'est si désagréable que d'être pendu obscurément' Voltaire
République, démocratie, débat d'idée et Union Européenne
Lettre ouverte 1 à Laurent Fabius, Premier Ministre de 1984 à 1986
par Médéric L. Pascal
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Nicolas Sarkozy | L'Union européenne... | Laurent Fabius |
Monsieur le Premier Ministre,
Mes chers concitoyens,
Permettez moi de vous faire part d'un souhait qui au delà de nos convictions respectives et peut-être, sûrement, adverses (du moins sur certains sujets) devrait me semble-t-il nous réunir: que le débat de l'élection présidentielle et des élections législatives qui suivent soit d'une grande qualité.
La démocratie se meurt quand le débat se perd en attaques et en insinuations, quand l'un ou l'autre des candidats – ou pire encore quand plusieurs d'entre eux – se livre(nt) à des exercices de diversions afin d'éluder les grandes questions qui se posent.
La démocratie se meurt quand le citoyen à l'heure du choix, instant crucial de la vie démocratique, ne peut avoir présent à l'esprit une image claire, nette et précise des positions défendues par les différents candidats sur les grands dossiers.
La démocratie se meurt quand, pour telle ou telle raison, on élude le débat de fond.
Je ne vous cacherai pas que je ne suis pas des vôtres, ni que je suis un homme de centre-droit (vous diriez sans doute de droite...) et encore moins que j'ai choisi, librement, de rejoindre l’UMP et N. Sarkozy.
Mais alors que vient faire l’hurluberlu que je suis, sur le blog d’un premier ministre, le plus jeune, certes, mais socialiste ?
Il vient vous faire part de son souhait de voir renaître la démocratie et le débat d'idée dans notre pays.
Bien que de droite, selon vos critères, j'ai été transporté par votre initiative courageuse, Monsieur le Premier Ministre, de vous opposer à un traité constitutionnel pour l'Europe qui par ses incessants compromis et ses multiples hors-sujets, souvent contradictoires entre eux, aurait plongé l'Union Européenne dans un chaos sans nom, sans fin et probablement insurmontable.
Votre courage – oui, j'ose le mot : courage ! – à marcher seul, parmi les Europhiles, à contre-courant, a sans doute rendu un très fier service à la cause de l'Union Politique même si pour le moment cela n'est pas évident pour tout le monde. La myopie peut aussi être d’origine cérébrale…
L'élan de mobilisation populaire, que personne ne pourra nier, autour de ce débat constitutionnel, premier débat d'idée politique depuis de nombreuses années dans notre pays, doit servir à nous rappeler que les français, modestes comme fortunés, de droite comme de gauche, sont passionnés par la chose politique, par le bien public, et que l'attente qui est la leur d'un débat de fond sur tous les sujets essentiels - y compris et peut-être à commencer par celui de la construction européenne - cette attente est immense.
Il ne faut pas laisser que celle-ci soit une nouvelle fois déçue par un débat tronqué, amputé ou volé en l'absence d'une ou plusieurs des perspectives majeures de certains de nos grands esprits politiques. La France a besoin de tous ses talents ! Si personne n’a jamais eu le monopole du cœur, qui osera prétendre avoir celui de la raison ? C’est pour cela que le débat est crucial : pour que la vérité puisse éclore, de la contradiction.
Monsieur le Premier Ministre, vous avez suscité des interrogations, des attentes et même j'en suis certain un espoir.
Oui, vous avez suscité alors, dans votre réquisitoire sans appel contre le projet conventionnel, chez moi et chez beaucoup d’autres j’en suis sûr, un espoir ; l’espoir d'une véritable refondation de l'Union Européenne, une refondation démocratique.
Le plan B, comme vous l'appeliez alors, n'est pas une illusion. Ce n'est pas une vue de votre esprit. Le plan B existe. C'est même la seule voie qui reste ouverte à l'Europe politique, la seule voie qu’il y ait jamais eu : celle de la Démocratie.
J'essaie de faire vivre, de défendre et de promouvoir cette vision d'avenir, celle d'une Union peut-être plus étroite mais plus fortes entre les peuples et les citoyens des Etats de l'Union.
Je crois en une Union politique, consciente de sa nature duale: nationale et Européenne.
Je crois en une grande démocratie européenne construite par la politique réaliste des petits pas.
La constitution était et demeure une fausse piste. Jamais un texte, seul, n’a rien résolu.
Rapprochons nous les uns des autres au sein de l'Union: élisons nos députés, nos représentants au Bundestag, nos représentants à la Chambre des Communes, au Riksdag etc. le même jour et pour un mandat d’une même durée. Faisons en sorte ainsi que nos exécutifs nationaux respectifs soient nommés, que nos représentations législatives respectives, seules habilitées à –voter– des lois, soient élues au même moment et pour un mandat d’une même durée. Chargeons-les, en plus de leurs mandats nationaux respectifs, d'un mandat européen commun. Permettons à la démocratie européenne de respirer, avec un temps pour le débat, un temps pour le vote, un temps pour le gouvernement et le débat législatif. Les lois européennes ne peuvent plus échapper au débat législatif ! Donnons naissance à la démocratie parlementaire européenne !
Ces gouvernements portés au pouvoir en une même occasion seront soutenus, au niveau européen, par un mandat démocratique unique, commun et solidaire qui exprimera l'attente majoritaire des Européens vis-à-vis de la politique Européenne. Personne ne pourra plus parler au nom des citoyens européens et leur prêter des intentions qu’ils n’ont jamais eues. Les citoyens européens reprendront enfin en main leur destin, et leur méfiance à l’égard du projet européen n’aura plus de raison d’être.
Alors, et seulement alors, il pourra être question de véritables politiques européennes car celles-ci seront portées par l'expression d'une attente majoritaire des citoyens de l’Union.
La démocratie, en Europe, n’est pas négociable. C’est la véritable signification des 55% de non au référendum français.
Monsieur le Premier Ministre, vous avez une responsabilité historique sur la question européenne. Vous ne pouvez pas rester en retrait de cette campagne électorale majeure pour la France, quand bien même vous ne vous lanceriez pas dans l’aventure d’une candidature indépendante, toujours possible.
Celle-ci vous regarde et je ne me permettrais pas d’interférer dans vos considérations à ce sujet. Mais en ce qui concerne l’Europe, c’est très différent. Vous portez une responsabilité, et beaucoup de français, de gauche mais aussi de droite, souhaitent vivement vous entendre vous exprimer. Il n’y a pas qu’une manière de faire de la politique. Les discours, contrairement à des idées reçues, comptent énormément. Les mots, s’ils sont justes et portés par la voix la plus appropriée, peuvent changer le Monde.
J’écoutai à nouveau, cet après midi, ceux de Martin Luther-King prononcés en 1963 à Washington et parmi eux les plus célèbres résonnent encore en moi car ils sont porteurs d’un tel espoir et d’une telle force : « I have a dream… »
Moi aussi j’ai un rêve, peut-être moins ambitieux, mais un rêve tout de même : le rêve que nous nous réveillions demain dans une Union Européenne qui soit l’une des démocraties les plus exemplaires de notre planète bleu !
Oui, vraiment, la Terre est bleue comme une orange !
Alors, Monsieur le Premier ministre, et bien que je ne vous suive absolument pas dans votre démarche de : barre à gauche toute ! Acceptez, si vous le pouvez, cette interpellation avec quelque bienveillance et peut-être pourrons nous tenter, ensemble et malgré nos différences, de porter cet idéal, celui de la démocratie, au cœur du projet européen ?
Parce que certains enjeux dépassent les clivages partisans…
Enfin, il ne me reste plus qu’à vous présenter à cette heure incertaine qui n’appartient ni au jour, ni à la nuit, qui symbolise si souvent la chute mais qui décrit tout aussi bien la renaissance et symbolisera, espérons-le, le renouveau tant attendu du rêve européen – le crépuscule – il ne me reste plus qu’à vous présenter un salut très républicain, et fort du respect démocratique qui l’anime.
Médéric L. Pascal, pour vous servir
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1. Posté sur le blog de Laurent Fabius le 10 février 2007 à l'aube

"Il ne suffit de sauter sur sa chaise comme une grenouille
en disant :L'Europe, L'Europe, L'Europe!..."
© Hidepark21 Publications, février 2007